De but en noir

De but en noir

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Une famille de tueurs à gage professionnelle jusqu’au bout du canon, un compositeur mettant par amour les mains dans un cambouis ayant viré au rouge, un gangster se livrant à un trafic mystérieux mais dont la faiblesse principale reste sa fille, un odieux dealer d’un futur hélas pas si hypothétique que cela où la planète a de plus en plus de mal à respirer…

Bien d’autres personnages encore habitent les nouvelles noires, très noires parfois, de ce recueil dont les textes se répondent pour former une inquiétante unité.

Gilles Vidal a écrit plus de 40 livres, romans noirs, thrillers. Il anime le blog Chroniques et actualités noires.

12,00

K-Libre

« Neuf petite balles affutées et visant au cœur, où nous retrouverons les signes distinctifs de la marque de l’auteur. Un attachement à ses personnages, une description fine des actions et des atmosphères, un humour discret mais qui détend. »

Christine Le Garrec

« Les nouvelles de Gilles Vidal sont noires et âpres, parfois perturbantes, et se lisent en apnée en nous laissant un sentiment d’amertume qui élimine le peu d’illusions qu’il nous reste sur la nature humaine. »

Lectures de l’Oncle Paul

« Gilles Vidal s’inscrit parmi les écrivains talentueux pouvant tremper leur plume dans n’importe que genre et en retirer une petite perle en quelques pages. Le Noir, l’Erotisme, l’Humour, le Fantastique, l’Anticipation lui vont si bien. A chacun ses goûts, surtout si l’on aime panacher les plats épicés proposés. »

A l’écoute des Livres

« Le lecteur assistera (et participera ?) à une fessée d’anthologie tournant mal et à la création d’une oeuvre d’art sur bois dotée d’une âme. D’autres encore au fil de ces pages dans lesquelles flotte un humour noir à souhait. »

Delp la bibliovore

« Les situations sont cocasses et on a l’impression que leurs univers vont s’entrechoquer mais c’est aux lecteurs d’en inventer les connections dans le décor planté par Gilles Vidal. »

Blacknovel1

« ce recueil est écrit par un spécialiste du genre, Gilles Vidal, et vous ouvre les facettes du noir domestique, en balayant tous les genres de littérature. »

MATY

Depuis le matin, Bob Richard avait la tête dans le sac. Il n’était pas impliqué à cent pour cent et il avait du mal à trouver l’inspiration. Des ébauches de mélodies louvoyaient dans sa tête, s’entrecroisaient, bouillonnaient soudain, semblaient parfois se construire avant de se dissoudre juste après dans les limbes, tandis que ses doigts noueux se promenaient agilement sur les cordes de sa guitare acoustique, à la fois hésitants et égayés, ceux de l’autre main plaquant des accords instinctifs. Rien ne venait. Et pourtant, il lui fallait trouver. C’était impératif. Il devait rendre quelque chose le lendemain, si ce n’est la partition complète, du moins le thème musical avec sa mélodie. Car la commande avait été passée trois semaines auparavant. Et la chansonnette était son gagne-pain.
Un romancier, qui pondait de temps en temps des textes pour des chanteurs de variété afin de mettre un peu de beurre dans ses épinards, lui avait dit un jour que c’était la même chose. Ce type, quand il lui fallait commencer un nouveau bouquin, tournicotait des semaines durant au-dessus de son clavier sans être capable d’aligner trois phases cohérentes, jusqu’à ce qu’il décide, désespéré, de tirer un trait définitif sur sa passion ; et puis, tout d’un coup, l’étincelle revenait sans rime ni raison, et il se lançait alors dans plusieurs heures d’écriture fiévreuse.
Mais il y avait une cause à cette sécheresse qui s’était emparée de Bob. Cette cause se nommait Mathilde. Ou Maty plutôt – il ne fallait surtout pas l’appeler Mathilde, sauf pour la provoquer et l’énerver, et elle partait au quart de tour.
Ça lui arrivait à Bob de la mettre en pétard, quand elle le méritait, c’est-à-dire quand elle avait trop bu, qu’elle s’était trop défoncée et qu’elle recommençait à s’autodétruire, comme par exemple quand elle scarifiait ses bras, ses jambes ou encore son ventre.
Alors, en hurlant telle une hystérique, elle lui filait des coups, et il se laissait faire, ne répliquait pas, attendant que cela se tasse et qu’elle masse à la fin, épuisée, ses poings endoloris tandis qu’il comptait ses bleus de son côté. Mais cette fois, elle avait dépassé les bornes. Elle avait attrapé la Fender Stratocaster qu’il avait accrochée à un mur du salon – celle du grand Brad Elliott qu’il lui avait dédicacée au feutre en 1983 sur la caisse écarlate – et s’apprêtait à la fracasser contre un mur. Là, ce n’était plus jouable, il la lui avait arrachée des mains et lui avait filé une bonne claque – la première fois qu’il levait la main sur elle.
Et s’en était bien sûr mordu les doigts aussitôt après. Car il tenait à Maty. À son âge, il savait qu’il devait éviter de faire le mariole. Ce n’était que le fric qui l’avait attirée à ses côtés, il en était conscient, non pas sa notoriété et encore moins son physique. Elle avait vingt-deux ans de moins que lui et son fils, à peine plus âgé, avait presque réussi à se la taper lorsqu’il était venu passer quelques jours chez lui : il avait dû prendre Paul à part et le menacer de lui couper les vivres s’il continuait son petit jeu.
Bref, après la dispute et la gifle, devenue bizarrement froide et muette contrairement à son habitude, Maty s’était barrée la veille au soir, à pied, sans la Mini Cooper qu’il venait de lui offrir pour ses 24 ans, et n’était toujours pas revenue au bercail. Reviendrait-elle ? Oui, normalement, elle revenait toujours. Enfin, cette fois, il n’en était plus si sûr…
Bob Richard soupira. Repensa à son parcours. Au groupe de rock qu’il avait monté à seize ans avec des potes du lycée, puis un autre plus solide cinq ans plus tard, les Flying Mugs, avec lequel il avait tourné dans des MJC et autres petites salles. Au producteur qu’il avait rencontré dans un festival campagnard et qui l’avait fait enregistrer son premier 45 tours en solo, deux titres en français qu’il avait composés. Ça avait été un bide mais il avait quand même récidivé avec un single, avec des paroles en anglais cette fois, et qui avait connu un relatif succès : My little paradise qu’elle s’appelait la chanson : il revit ses épais et longs cheveux bouclés, son visage lisse et son regard ténébreux. Maintenant, il était presque chauve et son esthéticienne arrivait à grand-peine à sauver les meubles.
Après cette tentative avortée de devenir un chanteur vedette au long cours, il s’était attaché à composer pour les autres, avec succès, et, même s’il y trouvait largement son compte, l’amertume ne cessait pour autant de l’assaillir régulièrement quand il voyait ces types et ces nanas recueillir le fruit de son inspiration.
Il revint à la chanson, d’amour comme il se doit, dont il devait trouver la musique et qui avait pour titre « De sable et de vent », le texte étant bien calibré en vue du public pressenti : paroles neuneus pour ados prépubères.
Il fallait donc une musique très pop adaptée à la fois aux stations FM et à celles balnéaires pour cartonner l’été prochain, un refrain qui se vrillerait bien dans les cigares en à peine deux écoutes, un tube que les DJ incluraient dans leurs plages slows des cœurs moites des nuits. D’autant que le chanteur destinataire, Damien Distin, doté d’une belle petite gueule d’ange, avait une signature vocale totalement adaptée.
Mais comme toujours, il eut le petit éclair de fin d’après-midi et trouva la musique pour le refrain – celle des couplets découlerait plus tard de la première.
Il le joua des dizaines et des dizaines de fois pour ajuster le temps accordé à chaque syllabe et, pour se moquer, en fredonnant, il transformait : Elle était faite de sable et de vent/D’immenses yeux bleus couleur d’océan, par : Dans sa tête il n’y avait que du vent/Une tempête dans un verre à dents.
Joseph Duluc, son compère auteur, s’en était vraiment donné à cœur joie.
Il posa la guitare sur son trépied et s’étira en bâillant.
Puis il quitta le sous-sol de la villa qu’il avait aménagé en véritable petit studio d’enregistrement – il était insonorisé, doté de consoles dernier cri, et il y avait une batterie, des basses, deux claviers et d’autres instruments encore. Ce n’était que là qu’il pouvait composer, dans le silence total, seul à seul avec lui-même.
Arrivé dans son immense salon du rez-de-chaussée, son inquiétude vis-à-vis de Maty augmenta tandis qu’il se servait un bourbon au bar. Où était-elle passée ? Surtout qu’elle était encore plus perturbée depuis trois mois. On avait en effet retrouvé son père, qu’elle ne voyait plus depuis plus d’un an, chez lui, seul dans son appartement épouvantable, dévoré par ses trois bergers allemands. Il avait eu une crise cardiaque, et les clébards, affamés au bout de quelque temps l’avaient bouffé peu à peu, jusqu’à ce que, quinze jours plus tard, il ne reste plus qu’un trognon de corps et qu’ils se mettent à aboyer à la mort, ameutant ainsi les voisins qui avaient averti la police. Maty n’avait pas eu de corps à reconnaître, ce qui était déjà ça, à peine une poignée de restes à incinérer, l’équivalent d’une boîte de cachous qu’elle avait attachée à son porte-clés.
Même si elle disait qu’elle détestait son père pour tout ce qu’il représentait à ses yeux, c’était son père et il devait néanmoins subsister en elle de bons souvenirs de son comportement quand elle était toute gamine, des trucs d’amour paternel qu’on ne peut pas effacer, même avec la plus mauvaise foi du monde.
Toujours est-il qu’elle s’était mise à boire et à se défoncer de plus belle, fréquentant des gens dont il n’avait pas la moindre idée lors de ses escapades. Quand elle rentrait, elle était dans un sale état, mais il ne demandait aucune explication, trop heureux de la retrouver. Elle s’enfermait dans une chambre d’ami pendant un jour complet et réapparaissait avec une bonne humeur revenue. Elle roucoulait en s’accrochant à sa poitrine, l’entraînait dans leur chambre où elle lui faisait des choses inimaginables qui chaque fois le faisaient rajeunir de dix ans.
Il était raide dingue de sa peau bronzée au goût piquant, de sa crinière brune toute bouclée dans laquelle il perdait son visage, yeux clos et narines palpitantes, de son minois de chatte sauvage, de son machiavélisme mutin qu’elle mettait à emmener sa jouissance jusqu’à des hauteurs prodigieuses. Posté devant l’immense baie vitrée, adossé au piano demi-queue blanc, il sirotait son verre, en regardant la fine bruine tomber d’un ciel plombé sur la pelouse et sur la bâche du grand spa. Son portable, qu’il venait de remettre en marche vibra dans sa poche. Il s’en empara aussitôt. Pas moins de huit appels en absence. Maty.
– Merde !
Il l’appela sans attendre.
Sa voix était étouffée par les sanglots et il ne comprenait rien à ce qu’elle racontait.
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? s’impatienta Bob au bout d’un moment. Doucement, doucement, ma chérie… (…) De quoi ? Répète ! (…) Non, ce n’est pas vrai !… (…) Où es-tu ? Dis-moi ! (…) Où ? (…) J’arrive, ne bouge pas, ne bouge surtout pas !
Il eut une montée d’adrénaline, sa main tremblait quand il raccrocha. Les pensées les plus contradictoires se bousculaient sous son crâne. Sa bouche était devenue brusquement sèche. Il ne fallait surtout pas qu’il perde de temps.

Il passa à la hâte une doudoune à capuche et grimpa dans son 4 × 4 après avoir mis la maison sous alarme. Le portail électrique s’ouvrit devant lui et il fonça sur le chemin qui menait à la départementale. La bruine de l’après-midi s’était transformée en une averse torrentielle accompagnée de rafales de vent tourbillonnantes.
Tout en conduisant, Bob avait programmé le GPS, car il ne connaissait pas vraiment le coin où il se rendait.
Vingt minutes plus tard, il était presque arrivé lorsque le ciel s’obscurcit d’un coup, devenant noir, et une avalanche de grêlons gros comme des noisettes se mit à tomber dru. Le martellement sur la carrosserie était impressionnant. Malgré les essuie-glaces à pleine vitesse, il n’y voyait plus rien, et il dut ralentir, rouler au pas après avoir mis le warning et les feux arrière. Il se rangea finalement sur l’étroite bande qui longeait la route et attendit que cela se tasse.
Quand le ciel s’éclaircit et que l’orage de grêle fut passé, il reprit la route prudemment, la tête en avant comme si cela allait l’aider à y voir un peu mieux.
Il arriva finalement à la maison indiquée par Maty. En fait de maison, c’était plutôt une masure qu’on eût dit abandonnée, tant les abords, sauvages, et les murs ébranlés faisaient mauvaise figure.
Une grosse Honda était garée devant, inclinée sur sa béquille. Bob se gara juste à côté et sortit aussitôt de son véhicule. Une ombre recroquevillée passa lentement la porte : c’était Maty, le visage masqué par ses deux mains. Il vint presque en courant à sa rencontre et la prit dans ses bras. Elle pleurait en hoquetant et tremblait de tous ses membres. Il la repoussa doucement et lui releva le menton. Ses traits étaient ravagés, ses yeux noyés de larmes.
– Bob… dit-elle en couinant.
– Ne t’inquiète pas. Fais-moi voir.
La pluie avait cessé, le ciel était à nouveau dégagé. Ils s’avancèrent à l’intérieur de la maison, et Bob sut tout de suite qu’il avait vu juste, cette baraque était vraiment abandonnée et ce qu’il voyait là ressemblait fort à un squat.
Les murs lézardés de ce qui avait été la pièce à vivre apparaissaient à nu sur de larges pans. Il y avait un grand évier en faïence à un angle, à côté d’un gros poêle à bois éteint, une table bancale au milieu avec deux chaises paillées dans un triste état.
Bob tourna la tête : un jeune homme gisait sur un matelas qui traînait dans un coin, les bras écartés. Une large tache écarlate s’épanouissait au niveau de l’abdomen. Il était vêtu d’un t-shirt bleu marine et d’un jean. Ses bras étaient recouverts de tatouages, du haut des épaules jusqu’aux poignets. Son crâne était rasé, un sorte de crête ayant été épargnée à son sommet. On ne voyait pas son visage, écrasé sur le matelas, et ça tombait bien, car Bob n’y tenait pas du tout.
Il fit un signe du menton.
– Oui… fit-elle.
– Avec quoi ?…
Elle désigna d’une main tremblotante un couteau échoué sur le linoleum d’un jaune pisseux. Il y avait du sang sur la lame. Bob réfléchissait vite, il évaluait toutes les possibilités. Il fit le tour de la maisonnée puis revint dans la pièce.
– Bon… dit-il, les mains sur les hanches. Je crois…
Et il se décida. Il sortit et se dirigea vers la moto qu’il entreprit d’amener à l’intérieur, mais elle était lourde et il mit beaucoup de temps à la traîner jusque devant le lit. Il la coucha en partie sur le fond du matelas.
– Les clés ? demanda-t-il.
– Sur la table, dit-elle d’une toute petite voix.
Il s’en empara et déverrouilla le bouchon du réservoir qu’il jeta au loin, puis fit basculer la moto afin de vider le maximum d’essence. Estimant qu’il ne pouvait faire plus, il ramassa le couteau sur le sol et sortit rejoindre son 4 × 4. Il ouvrit le coffre et l’enveloppa dans un morceau de drap qui servait de chiffon. Et il tomba en arrêt. Il avait oublié qu’il avait un bidon de cinq litres de gasoil en cas de panne dont il ne s’était jamais servi.
Il revint avec dans la maison.
– Va dans la voiture, dit-il à Maty. Je reviens.
Il arrosa méthodiquement les endroits vulnérables de la pièce jusqu’aux dernières gouttes qui tombèrent sur le seuil.
Maintenant, il fallait faire vite.
Il sortit un briquet jetable de sa poche et une enveloppe dont il enleva le contenu. Il la vrilla en une sorte de mèche, l’enflamma et la jeta sur l’essence.
Sans demander son reste, il revint à la voiture, rangea le jerricane dans le coffre et se réinstalla au volant.
Ils restèrent quelques minutes à regarder le feu prendre lentement. Quand les flammes furent assez hautes et qu’un petit nuage noir commença à s’échapper de la porte et d’une fenêtre, il démarra sur les chapeaux de roues.
Le trajet de retour se passa dans le silence. Bob n’avait mis ni station FM ni CD. La nuit était en train de tomber, implacable, sur la campagne encore ruisselante des averses de la journée. Il n’aurait jamais cru être capable de faire une chose pareille, prendre de tels risques, et pourtant… L’amour rend dingue, pensa-t-il.

Arrivé chez lui, Bob emmena Maty au premier étage où il la déshabilla doucement. Elle se laissait faire sans broncher.
– Tu sais, commença-t-elle en triturant l’anneau d’or accroché à la peau de son magnifique nombril, je voul…
Il plaqua une main sur sa bouche.
– Chut… Je ne veux pas savoir, mon ange. Peu m’importe. On n’en parle plus, c’est oublié…
Puis il fit couler un bain chaud dans lequel il versa différents sels odorants. Quand elle fut dans la baignoire, il la lava avec une grande tendresse, comme il faisait avec son fils Paul quand il avait trois ans et qu’il était l’innocence même.
Il la borda ensuite quand elle fut dans leur lit et attendit qu’elle s’endorme.
Descendu au rez-de-chaussée, il alla à la buanderie et mit les vêtements de Maty dans le lave-linge dont il lança un programme. Puis il s’occupa du couteau qu’il nettoya à l’eau chaude dans le double évier en granit, puis qu’il mit dans le lave-vaisselle qu’il lança lui aussi.
Voilà. Il poussa un énorme soupir. Il fallait attendre. Se faire petit et attendre. Mais il avait confiance.
Il mit deux glaçons dans un verre et le remplit de Jack Daniel’s. Il le but presque d’un trait et le remplit à nouveau.
Avisant le Steinway, il s’approcha de lui et s’assit sur le tabouret.
Ses doigts pianotèrent d’abord une petite sonate de Brahms qu’il avait apprise il y avait très longtemps et qu’il aimait toujours, puis deux trois musiques de lui, parmi celles qu’il préférait, dont il était vraiment fier. Puis ça se mit à s’échauffer dans sa tête et il commença à tenter des trucs, des accords d’abord discordants, pas vraiment catholiques, puis tout se fluidifia et la mélodie surgit, comme par magie, à la fois dans sa tête et au bout de ses doigts, une mélodie à faire chialer une statue.
Oui, c’était ça, exactement ça ! Il but une longue gorgée d’alcool, claqua la langue de satisfaction et se remit à jouer, complètement grisé. Ses doigts couraient maintenant avec légèreté sur les touches ivoire. Il s’arrêtait de temps en temps pour apposer des notes sur le cahier qui était ouvert devant lui, sur le pupitre.
C’était décidé, cette composition ne serait rien que pour Maty. Celle-là il ne la donnerait à personne, surtout pas à un de ces tocards qui s’enrichissaient grâce à lui. Ce serait leur chanson à eux, leur secret, la chanson de Maty, une chanson sans paroles, car les murmures amoureux suffiraient à en rendre toute son essence.

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