Nitchevo !

Nitchevo !

L’archiviste Serge Chapochnikov est retrouvé mort à son bureau. Il était connu pour être la mémoire russe de Paris. La détective Chloé Bourgeade de l’agence « Le Sémaphore » est chargée de l’enquête.
Elle se trouve prise dans un carrousel tragi-comique entre Paris d’aujourd’hui et Moscou d’hier, affairistes, popes, nostalgiques déjantés, maîtres chanteurs et autres mafieux.
Il y est question de la piscine de Staline, de l’appart de Lénine, de « famille » pas très catholique, une vraie salade russe.
Mais comme dirait Chloé, Nitchevo !

A paraître le 20 octobre.

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Prologue

« Canaille ! Houligan ! »
Serge Chapochnikov crache, injurie. Mais les mots sortent à peine de sa bouche. Il articule un misérable « … naaaiiille ». Il sent qu’il étouffe, qu’il suffoque, qu’il s’asphyxie. Sa tuyauterie se déglingue, ses poumons le lâchent. Comme bloqués, bouchés. Ils sont aux abonnés absents. Sa ventoline ! Où est cette putain de ventoline ? Il panique. Quand il a ce genre de crise, il s’attend toujours au pire. Il se dresse de son bureau, furibard, mais un violent vertige le fait tanguer. Il s’accroche à l’étagère la plus proche qu’il entraîne dans sa chute et il s’étale de tout son long. Une avalanche de dossiers et de livres s’abat sur lui, le recouvre à moitié. De vieux volumes de l’encyclopédie soviétique, des ouvrages sur le Moscou d’antan, des catalogues jaunis du musée Tretiakov, des albums de photos sur le tsar et sa famille. Il est submergé par sa propre paperasse et un petit nuage de poussière le saupoudre, le fait tousser. Il est secoué de hoquets, se contorsionne. On dirait qu’on le roue de coups, ou qu’il est épileptique. L’autre le regarde défaillir. Sur son bureau, la mini chaîne Hi-Fi continue de jouer en boucle la sonate n° 7 pour piano de Prokofiev, le musicien se déchaîne sur un allegro inquieto. Les yeux exorbités, Chapochnikov sombre lorsqu’il aperçoit, enfin, presque à portée de main, son vaporisateur. Il grogne, écarte d’un geste sauvage les livres qui l’encombrent, qui font obstacle, il va récupérer le spray. L’autre remarque son manège et écrase l’objet d’un coup sec du talon. Comme si c’était lui qu’on venait de piétiner, Serge Chapochnikov implose.


La réunion à l’agence ce matin tourne au psychodrame. C’est Armand Villemin qui tient la vedette et le reste de l’équipe, Marike Créac’h, la patronne, les deux autres enquêteurs, Chloé Bourgeade, plus androgyne que jamais, et Christian Traore, le fringant franco-malien, tente de le consoler. Armand Villemin est sur le point de pleurer. Une première. Lui, le vétéran, le trapu, le bourru, plutôt connu pour ses coups de gueule, voilà qu’il lâcherait prise ? Tous l’entourent, le cajolent.
– Ça va passer, dit Marike.
– Tu sais bien que t’y es pour rien, soupire Chloé.
– Toi tu dis la vérité, les autres ensuite, ils en font ce qu’ils veulent, ajoute le sage Traore.
L’affaire est simple. Et rare, heureusement. Armand Villemin venait de boucler, avec succès, en une semaine, une enquête en infidélité d’un journaliste du Parisien, à la demande de sa femme. Celle-ci soupçonnait le mari d’avoir une maîtresse. Elle ne se trompait guère : il en avait trois, trois amantes à la fois. Armand Villemin a-t-il annoncé un peu trop brusquement la nouvelle à la cliente ? A-t-il sous-estimé l’état de colère de cette dernière ? Le surlendemain de cette révélation, hier soir, donc, tard, l’épouse bafouée a explosé la tête du rédacteur volage avec son propre fusil de chasse.

– Mais Armand, écoute-moi, tu n’y es pour rien ! répète Marike. L’épouse aurait de toute façon appris la chose un jour ou l’autre. Quant à nous, à vous, enquêteurs, je l’ai dit, je le redis : il faut garder vos distances, il ne faut pas vous laisser bouffer par vos recherches, prenez du recul. Faites comme les toubibs, comme les flics, comme les psys, je ne sais pas moi, mais restez sur vos gardes. Votre boulot est précis, et limité, il s’agit de répondre à la demande du client. Point barre. Pas de compassion, surtout pas. Pas de sensiblerie ! Au diable la miséricorde ! Ce qu’on fait de nos enquêtes, comment les clients gèrent la suite, c’est pas nos affaires, ok ? C’est clair ? Est-ce que c’est clair, Armand ?
Le gros Villemin essuie ses yeux mouillés, renifle comme un gosse, opine du chef.
– On n’est pas là pour aimer, pour détester, pour juger mais pour travailler, insiste la patronne. D’accord ?
Armand Villemin grogne quelque chose d’incompréhensible. Il renâcle, renifle, concède qu’il comprend sa directrice mais… Marike le coupe, reprend sa rengaine :
– Armand, tu n’y es pour rien !
– Un peu tout de même.
– Non !
– Bon, finit-il par admettre, dans un gros soupir.
Ses collègues saluent sa réponse, il a droit illico à une tape dans le dos, une bise, un câlin. Marike Créac’h lui donne sa journée, il ne se fait pas prier et s’éclipse, tout en ronchonnant.
Du coup, Marike Créac’h clôt la séance. Depuis qu’elle a lu dans un magazine qu’un cadre passe en moyenne 10 ou 15 ans de sa vie en réunion, la patronne fait la chasse aux bavardages, elle est devenue une obsédée du court. Faire court, c’est son mantra.
L’équipe avait pourtant prévu ce matin de parler d’un sujet d’actu : « La recherche privée au temps d’Internet » mais, avec la mésaventure de Villemin, c’est partie remise. Chloé Bourgeade, qui s’était préparée, ne peut s’empêcher de citer un extrait de Creole Belle de James Lee Burke, où un personnage, un privé, déclare : « Le truc, quand on est un privé, c’est de gagner la confiance des clients. Notre pire ennemi, c’est pas les voyous, c’est Internet. Avec Google, on peut regarder par la cheminée des gens sans quitter sa maison ; la plupart des bibliothécaires sont meilleurs que moi pour retrouver des gens. »
Traore nuance fortement.
– Pas d’accord. Moi je dis : faut se calmer un peu avec Internet. Essayez par exemple de réaliser une filature de cocu, ou de n’importe qui d’ailleurs, avec Internet, je vous souhaite bien du plaisir. Rien ne remplacera la bonne vieille filoche à la papa.
– Pas faux ! conclut Marike.

Maintenant que Villemin a disparu, elle retrouve ce sourire de vainqueur qu’elle affiche depuis quelque temps. Il faut dire que les affaires de l’agence marchent du feu de Dieu. La boutique prospère depuis qu’elle a changé de nom. Un tout petit bougé sémantique pour un gros bénéfice. L’intitulé de la société est passé en effet de Sémaphore à AuSémaphore. Minuscule opération alphabétique, et miracle : l’établissement est passé en tête sur tous les listings sur Internet. Chaque fois que quelqu’un tape « enquête privée », « AuSémaphore » arrive automatiquement la première de la liste puisqu’elle est au début de l’alphabet. Résultat : les appels ont quasi décuplé. Fallait y penser, merci Chloé. C’est elle en effet qui a eu l’idée et Marike lui en est à jamais reconnaissante. Premier enseignement : elle vient de décider d’augmenter ses prix. Désormais elle facture l’enquête de ses détectives 150 euros l’heure et 500 euros le pack photo s’il s’avère nécessaire, ce qui est généralement le cas. Elle envisage aussi de s’offrir une enseigne au néon vert sur la façade de l’immeuble, qui donne, on le sait, sur le canal Saint Martin, à la hauteur du métro Jaurès. Quand elle a appris que l’agence mythique de la rue du Louvre allait fermer, et qu’allait s’éteindre son célèbre néon vert (qu’on pouvait voir encore dans Minuit à Paris de Woody Allen), Marike a de suite voulu prendre la suite. Question de prestige. Elle en a même rêvé de son enseigne AUSEMAPHORE verdissant la nuit tout le quartier. C’est à négocier avec le syndic.

Marike invite Chloé à demeurer quelques instants dans son bureau. Elle a un « service » à lui demander, une démarche d’un genre un peu particulier. Une de ses connaissances, perdue de vue depuis une éternité, un ancien ami (« un bon ami, tu comprends ? Du temps de la fac, ça remonte à Mathusalem… ») vient de décéder. C’est sa fille qui lui a annoncé la nouvelle. Comme celle-ci est actuellement en résidence d’autrice en Nouvelle Zélande, elle demande à Marike de la représenter auprès du notaire pour tout ce qui concerne la succession, l’héritage éventuel, de la tenir au courant des formalités à remplir, de la conseiller pour la suite. Marike a accepté mais comme elle n’a plus une minute à elle, elle souhaite que Chloé suive ce dossier.
Le défunt était journaliste, il avait longtemps travaillé à Moscou puis avait acquis ici une réputation d’expert du petit monde des Russes de Paris ; il avait même écrit un livre fameux sur le sujet. 
« C’est tout ce que je sais mais le notaire pourrait t’en dire plus, si tu voulais bien te charger, et me décharger, de l’affaire… »
Chloé accepte, Marike apprécie et lui confie l’ouvrage Paris russe de Serge Chapochnikov.

2

Au pied de la Bastille, le port de l’Arsenal se réveille sous un beau soleil d’hiver. Les quais sont déserts. Les plaisanciers font la grasse matinée, les touristes aussi manifestement. La seule animation est assurée par une petite famille de canards qui barbotent dans le bassin. Chloé Bourgeade prend son petit-déjeuner dans le salon de l’Andante, la péniche qu’elle partage avec son compagnon (ou comparse, ça dépend des jours), Racine. Le salon (une table, deux chaises, un canapé) est au niveau du pont, il fait à la fois office de cuisine et de salle à manger. Un bar est installé dans l’ancienne timonerie. Deux chambres ont été aménagées dans la cale. Le couple, qui fait chambre à part, se retrouve rarement pour le petit-déjeuner. Non seulement Racine travaille tard mais il est de la famille des insomniaques et se lève généralement vers midi quand elle a quitté le nid depuis longtemps.

Racine est devenu une sorte d’institution (le mot est fort, disons plutôt un personnage, un incontournable) du port de l’Arsenal. La capitainerie lui a confié au fil des mois diverses tâches que cet ex-bibliothécaire a toujours assuré avec plaisir. Il se découvre actuellement une vocation de bricoleur : à la demande de l’administration du bassin, il restaure une péniche, le Conrad, stationnée tout à côté de l’Andante. Il s’agit d’une péniche hollandaise, une pénichette, dit-on parfois, mais Racine n’aime pas le mot, il le trouve irrespectueux. Conrad est de la même longueur que leur propre embarcation, 17 mètres sur 4, il est sorti en 1989. Il a pas mal voyagé mais l’appareil est resté à l’abandon toutes ces dernières années. Le port l’a confié en quelque sorte à Racine, à charge pour lui de le restaurer à sa guise.
Sur le pont voisin de l’Andante s’accumulent donc depuis des jours des ballots de laine de verre et des gros cubitainers d’eau, des amas de planches, des tuyaux de canalisation, des tubulures, des plaques isolantes, des bâches, des pots de peinture.
Tout cela a un petit côté foutoir comparé à la tenue parfois pimpante des bateaux voisins. Racine est parti pour faire de la cale un grand séjour sous verrière ; il veut de la lumière et de l’espace avec le minimum de meubles et d’objets, pas de bibelots, il rêve d’un beau lieu vide ou presque, un lieu zen, « à la japonaise » dit-il, lui qui n’est jamais allé au Japon.
Ainsi aménagé, le bateau sera ensuite vendu aux enchères au profit des « œuvres » de l’Arsenal.
Quand la veille, Chloé lui avait annoncé qu’elle avait rendez-vous chez un notaire pour une histoire d’héritage par procuration, il avait grogné :
– Les notaires ? Tous des voleurs !
– Sauf Francis Blanche, répliqua-t-elle.
– Il était notaire ?
– Dans Les Tontons flingueurs.

Y a-t-il une tenue de rigueur pour rencontrer un notaire ? Finalement, Chloé enfile un jean, son blouson de velours rouge bourgogne aux poches à rabat (un peu comme Nicholson dans Shining sourit-elle), une grosse écharpe et elle quitte le port en empruntant le nouvel escalier monumental qui relie le quai à la place de la Bastille en passant sous la ligne de métro. Elle aime cet aménagement, elle lui trouve une certaine majesté, une belle sobriété. Racine est moins enthousiaste, il serait plutôt d’accord avec ces résidents qui réclament l’installation d’une grille, fermée la nuit. Il a même signé une pétition de « riverains et usagers du bassin et du jardin de l’Arsenal ».
– C’est ton côté élitiste, lui a reproché Chloé, tu veux te protéger de la populace, tu te sens bien que dans l’entre-soi, c’est ça ?
– Gauchiste !

Dans le métro, avec un changement de ligne Place d’Italie, elle a à peine le temps de feuilleter le guide russe de Paris de Chapochnikov que Marike lui a confié. Les bureaux du notaire occupent tout le premier étage d’une tour qui fait face à la mairie d’Ivry. Un jeune homme, dépité, l’accueille. Il est au courant de son rendez-vous mais il lui annonce, précautionneux, que maître Saulnier a dû s’absenter, un cas de force majeure. Il a essayé de la joindre mais il est tombé sur son répondeur. Lui est-il possible de revenir demain ? Sinon il peut « à la rigueur » officier, il a suivi le dossier.
Au diable le protocole, elle accepte la proposition. Flatté, le garçon décline son identité : Lebailly, Michel Lebailly, avec un « y » à la fin, précise-t-il. Il ne la joue pas mondain, Chloé apprécie. La vingtaine finissante mais sportive, il porte un jean, bien repassé, et un blaser sur une chemise en toile blanche, col ouvert.
Elle rappelle qu’elle représente l’agence AuSémaphore, à qui la fille de feu Chapochnikov a donné sa procuration pour toute affaire la concernant. Lebailly récupère le dossier, survole les feuillets ; il semble plus à l’aise :
– Vous connaissiez le défunt ?
– Pas du tout.
Le jeune clerc résume sa bio.
– Serge Chapochnikov a longtemps été agencier à Moscou, pour l’AFP ; sous pseudo, il était également correspondant de plusieurs rédactions francophones, avant de se mettre à son compte, de retour en France, comme archiviste. Il passait pour la mémoire russe de Paris. Il avait créé une association, dont l’essentiel de l’activité consistait en fait à gérer un fonds d’archives. Cette association s’est d’abord appelée « Morphine ».
– Drôle de nom.
– En effet. Je me suis renseigné, c’est le titre d’une nouvelle de l’écrivain Mikhail Boulgakov pour lequel Chapochnikov avait une véritable passion. Le problème, c’est qu’avec un nom pareil, il recevait parfois de drôles de visiteurs qui ne venaient pas du tout pour les archives, ils étaient attirés par tout autre chose, vous imaginez quoi… En plus la police, qui n’a pas toujours le sens de l’humour, finissait par le harceler, à peu près pour les mêmes raisons (Pourquoi ce nom de Morphine ? qui sont vos clients ? etc. ) Bref Chapochnikov a fini par changer de nom, il a bien fait, il a opté pour une appellation plus calme, moins problématique en tout cas : Nitchevo.

L’homme de loi, prudent, assure qu’il ignore à peu près tout des choses russes mais il a cru comprendre que Nitchevo est une expression passe-partout, « chez eux », un sésame, un gri-gri, un mot fétiche, un soupir heureux que tout Russe peut pousser cent fois par jour, un mot élastique qui veut dire tout à la fois ou alternativement : c’est bien ! c’est rien ! c’est pas grave ! ça va aller ! tant pis ! tant mieux ! qu’y faire ? que dire ? c’est comme ça ! il n’y a pas de quoi ! on a tout notre temps ! à quoi bon ! ça a toujours été comme ça et ce n’est pas demain que ça changera ! C’est presque devenu une façon de dire bonjour.

Chloé lui fait remarquer que pour quelqu’un qui ne connaît pas le sujet, il se débrouille pas trop mal. Il rosit sous le compliment, se sent encouragé, il poursuit : en règle générale, dit-on, le mot s’accompagne de petites mimiques, froncement de sourcils, avancée des lèvres, haussement des épaules, gestes évasifs de la main. C’est un mot ambigu et doux, désabusé et joyeux, comme un rire avec des larmes. C’est entre « bof » et « c’est cool » mais à la slave.

Chapochnikov, continue le clerc, était quasiment le seul membre de l’association, en tout cas c’est lui qui faisait tout. Il avait accumulé des montagnes de dossiers sur ce continent disparu qu’étaient la Russie tsariste puis l’URSS, une Atlantide rouge, enfin rouge, au début, un peu. Ce collectionneur était une référence pour tous ceux qui s’intéressaient à Moscou au xxe siècle. Son bureau était très fréquenté, par des historiens, des journalistes ou de simples passionnés, une adresse incontournable. On voulait consulter la bio de tel dirigeant soviétique ? connaître la composition de l’équipe nationale de football pendant la guerre ? voir à quoi ressemblait un diplôme d’ancien combattant ? dénicher un numéro introuvable de la Pravda ? Sa bibliothèque était un passage obligé. Les renseignements étaient payants mais ses prix étaient modiques.
Idem pour ceux qui retrouvaient dans leur grenier des piles d’emprunts russes et qui pensaient dénicher un trésor : Chapochnikov les ramenait sur terre, et rachetait leurs titres au prix du papier.
– Je me suis laissé dire qu’il disposait aussi d’une petite bibliothèque rose.
Bref, on venait chez lui pour chiner, lire, échanger, parfois simplement pour causer, si le propriétaire des lieux était disposé à bavarder.
– Encore fallait-il tomber sur un bon jour, j’ai cru comprendre qu’il avait du caractère, comme on dit.
– Il est mort de quoi ? s’inquiète Chloé.
– Monsieur Chapochnikov était malade ; il souffrait d’asthme, d’une forme aigue d’asthme, dit son dossier. Or non seulement il se soignait peu ou mal mais il fumait, apparemment, assurent des proches. Donc…

Sans transition, il lui lit le testament de Serge Chapochnikov.
« Serge Chapochnikov lègue donc tous ses biens à sa fille… »
À ses mots, Chloé Bourgeade songe à son propre père. Est-ce qu’il va lui léguer ses biens un jour ? Elle n’est même pas sûre qu’il possède quoi que ce soit. Qu’est-ce qu’on ressent quand on apprend que le géniteur a passé l’arme à gauche ? Elle n’a plus de nouvelles de lui depuis des années. Est-il seulement encore en vie ? Certainement sinon on l’aurait avertie, d’une manière ou d’une autre…

L’apprenti notaire la tire de sa rêverie.
– Vous avez une question ?
Elle réalise que le clerc a terminé son laïus, qui était court cette fois. Il y a un blanc. Elle n’ose pas lui demander de répéter, se sent un peu idiote mais elle finit par poser la question :
– Elle hérite ?
– Oui.
– De quoi ?
– Hé bien, comme je vous l’ai dit, de son appartement-bureau parisien, dans le 13e arrondissement, qui était aussi le siège de l’association Nitchevo et…
– Et ?
– Et de ses archives donc.

Elle s’attend à devoir affronter d’interminables formalités, or les choses se passent simplement, et vite.
« J’ajoute, dit le clerc, que Monsieur Chapochnikov nous a confié récemment cette lettre, à remettre en mains propres à sa fille, insistait-il. Je vous la confie puisque vous avez sa procuration. »
C’était une petite enveloppe blanche, fermée, sans le moindre signe.

 

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