Marseille me manque

Marseille me manque

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BRUT. Le témoignage d’un ex-inspecteur de police corse en service à Marseille. Et pour du brut, c’est du brutal. De l’Audiard mais in vivo. Du Frédéric Dard pour de vrai.

Flic, fric, trafics. La brigade des stups, la mondaine, le milieu des caïds, les rencontres entre chiens et loups… À l’heure de la retraite, l’ancien inspecteur fait défiler une galerie de demi-sel, de tontons flingués, d’accros au grisbi ou de drôles de gisquettes.

Entre burlesque et tragique. « Il y a des zones grises » avoue le policier. Quand les contours de la loi deviennent flous et la morale une affaire de conscience toute personnelle.

Olivier Dartigolles est chroniqueur à l’écran
et auteur d’ouvrages sur la politique et le sport. Il bascule ici dans un tout autre univers.
Sa rencontre et son amitié avec « le flic » donnent naissance à un livre décoiffant.

Préface de Gérard Streiff

Poids 100 g
Dimensions 7 × 11.5 × 19 mm
ISBN

9791096373284

10,00

Chroniques Noires

 » Ici, les arcanes de la police sont rendus brut de brut, sans fioritures aucune, à l’ancienne, notamment les années soixante et soixante-dix où l’alcool et les coups tordus coulaient à flots dans les commissariats. »

Crimino Corpus

Radio Massabielle

Flic ou voyou, la frontière entre les deux est parfois ténue. Un bagnard, François Vidocq est devenu chef de la police: et des flics ont basculé dans le monde de la truanderie.

lire un extrait

Affaire(s)

Les Bouches-du-Rhône ont été marquées par des affaires criminelles retentissantes. Pour la tuerie d’Auriol, Jacques Massié voulait prendre la direction du SAC à Marseille face à une autre équipe. Massié avait accumulé des dossiers sur beaucoup de personnalités. Une équipe de branquignolles du SAC était intervenue pour nettoyer tout ce qui devait l’être. Ils ont paniqué et ont tué toute la famille. Massié était motard à la compagnie 54 à Marseille. Je l’ai connu.
Il y avait beaucoup d’anciens flics, beaucoup de parachutistes, au SAC. Des convaincus et aussi pas mal de mecs qui y allaient pour la frime. Ils avaient une carte qui pouvait ressembler à une carte officielle de flic. Au départ, c’était surtout des colleurs d’affiches, des recrues pour le service d’ordre lors des grands meetings, des gardes du corps pour des personnalités. Je les ai connus. J’allais au PC, rue Nau à Marseille, mais je n’ai jamais pris la carte. À la plus belle période, le SAC devait compter jusqu’à mille adhérents dans les Bouches-du-Rhône. Il y a eu des opérations musclées.
Pasqua n’était pas énarque mais directeur commercial chez Ricard. Bon relationnel avec les gens. Une tentacule avec des contacts partout. Même au temps de sa responsabilité comme ministre de l’Intérieur, il venait en Corse, à l’auberge Saint-Georges, avec simplement deux gars de son service de sécurité. Il déjeunait avec les vieux copains. Pas un bêcheur, rien à voir avec des mecs comme Guéant.
Gaston Defferre a fait une carrière politique en lien avec le milieu. Il n’a pas toujours été très reconnaissant avec certains de ses soutiens. Quand il est arrivé au ministère de l’Intérieur, les mecs disaient : « Oh, Gaston est nommé, c’est bon pour nos affaires ». Au bout de trois ou quatre mois à Beauvau, Gaston a commencé à frapper les casinos, les cercles, puis décidé de l’interdiction des machines à sous. Il s’est mis les voyous à dos car c’était, à l’époque, une technique de blanchiment de l’argent. Je l’ai connu car, à l’époque, j’allais dans une boîte de nuit qui s’appelait « le Corsaire borgne ». Une boîte à striptease. Il habitait à côté. On le voyait avec son galurin. Il avait son voilier devant la mairie. Il faisait beaucoup de voile.
Gaudin était sympa. Au début de sa carrière, ses meetings, c’était quelque chose. J’ai aussi vu Tapie. Deux amis de Paris faisaient sa sécurité pendant sa campagne électorale. L’un en voiture, l’autre le suivait en moto. Un soir, on a conduit le fils de Tapie dans une boîte à Bandol. En rentrant, nous sommes allés sur le Phocéa, un vrai palace, et on a bu le champagne de Tapie. La classe.
Dans ces années, j’ai aussi vécu la tuerie du bar du Téléphone, boulevard du Commandant Finat-Duclos dans le 14e arrondissement. Vers 21 h 30, on nous appelle pour des coups de feu. Quand on arrive, il y avait déjà un paquet de monde. Une dizaine de cadavres qui baignaient dans leur sang. Une mare d’hémoglobine. On pataugeait dedans. Je n’ai jamais vu un tel massacre. Des balles dans la tête, dans les nuques, les thorax. Des mecs préparés, avec du sang-froid, seulement une vingtaine de balles tirées pour dix cadavres. Dans le bar aujourd’hui, il y a toujours les impacts. Aucune vitre ni aucun néon du bar n’ont été cassés. Pas même les verres de pastis qui venaient d’être servis. C’est le juge Pierre Michel qui a mené l’instruction jusqu’à son assassinat en 1981. Mais la scène de crime avait été totalement piétinée. Il n’y avait pas la police scientifique comme aujourd’hui. C’était rudimentaire. Conflits entre mafieux, règlement de compte entre proxénètes, trafic de fausses monnaies ? Tout a circulé mais cette affaire n’a jamais été élucidée.
J’ai souvenir du juge Pierre Michel. Un mec jeune, avec le style shérif. Il était plus flic que les flics. Il avait ses réseaux, ses indicateurs. Les matons lui donnaient directement des informations sur la température en prison de mecs qui pouvaient avoir des choses à dire. Il se méfiait de tout le monde à l’exception d’un noyau très proche autour de lui. Il a quand même été fumé.

L’affaire René Lucet a aussi beaucoup fait parler d’elle. Il était directeur de la Sécu à Marseille. Une belle carrière, il aurait pu devenir ministre des Affaires sociales en 81 si Mitterrand n’avait pas été élu, et un suicide bizarre avec deux balles mortelles tirées successivement dans le même orifice. Il était un peu cavaleur. Il aimait bien la vie. Il était acoquiné avec Nik et toute l’équipe. Il devait y avoir des histoires. C’est la financière qui a travaillé sur ces dossiers, pas nous. L’affaire n’a pas été élucidée.
Oui, j’ai connu des gens du milieu. Il m’est arrivé de passer à côté de certaines dimensions d’une enquête dont j’avais la responsabilité. Mais c’était du donnant-donnant. La plupart des fois, le deal était respecté. Quand on interpellait un mec du milieu, il pouvait être élégant. Reconnaître que nous avions bien fait notre travail. Plus maintenant, avec la came, on a surtout des tarés. De toute manière, sur dix affaires, ils gagnaient neuf fois sur dix.
J’en ai connu qui ne disaient rien ou pas grand-chose lors des interrogatoires. Nom, prénom, adresse et rien d’autre pendant 48 heures. C’est long. Le mec sait qu’il est coincé. Il regarde la pendule. Il attend d’aller en prison et après il voit avec son avocat et le juge. Il est mieux avec un juge qu’avec un flic. Le plus dur, c’est la garde à vue. On pouvait mettre la pression en intervenant sur les femmes. Cela est arrivé une fois pour le Belge, sa femme avait été embastillée, cela l’avait rendu plus souple. Il n’a pas non plus raconté sa vie, mais il a fait le dos rond. Certains mecs ne lâchaient rien de rien. Tu pouvais leur montrer une photo accablante, il te disait « ok, il me ressemble mais ce n’est pas moi ». Il fallait aussi faire attention à ne rien laisser à proximité d’un gardé à vue qui était attaché avec des menottes. Il pouvait se planter avec n’importe quoi à portée de main pour partir à l’infirmerie et avoir un peu de temps pour réfléchir.
Le principe d’une garde à vue, c’est le chrono. La pendule et rien d’autre. J’avais une technique. D’abord, il faut s’adapter au gabarit que tu as en face de toi et aux éléments d’enquête dont tu disposes. Au départ, tu commences par un PV de chique. Tu entends le mec, tu tapes à la machine toutes les conneries qu’il te raconte. Là, tu lui proposes d’aller se reposer. Et après, pour la seconde audition, on envoie un peu des éléments à charge en notre possession. C’est à ce moment que nous arrivons à un PV de demi-chique. Le mec peut dire, « oui, là, en effet… ». Il faut le laisser venir. Il ne faut pas le stresser. Puis, tu lui proposes de se reposer encore un peu. Et là, pour le troisième entretien, tu dévoiles les cartes dans ton jeu et tu hausses le ton.
« Écoute, on va pas y passer la nuit, ça va, on est fatigués, tu nous casses les couilles, on n’a pas que ça à branler, on va pas faire cinquante PV, alors maintenant, tu commences et tu finis ».
Cela pouvait fonctionner. Ou pas.
Une fois, j’étais avec Martineux le Grincheux, un flic de Carcassonne. C’était un vendredi soir. On faisait toujours l’apéro en fin de journée. Arrive une tentative de viol et d’homicide sur une fille. La fille était à la permanence. Une fille bien. Elle accuse un ami à elle. On va interpeller un jeune de vingt ans qui travaillait dans les cuisines d’un resto sur le port. On monte le minot au bureau. Très vite des incohérences dans le récit de la fille sont apparues. Des choses ne collaient pas. On commençait à avoir les boules car le week-end approchait.
Un collègue se pointe. Le cube. Il était énorme. Il commence à nous pourrir en rigolant.
« Vous vous êtes fait troncher les gars. Vous allez passer le week-end ici avec cette affaire de merde. »
« Oh, le gros, tu dégages, nous fait pas chier ».
Il voit la fille. Il s’approche.
« Tu es une espèce de grosse connasse toi. »
Et il lui balance une gifle. Elle nous regarde et nous dit « ça va, j’ai menti, je vais tout vous dire ». Le gros nous a expliqué qu’il avait eu une intuition. Il faisait le malin le cube.
« Vous avez vu les gars, j’arrive et, en cinq minutes, j’élucide. » Il a quand même fallu lui expliquer de ne pas avoir trop d’élucidations de ce type. On a ramené le minot au travail en demandant au patron de ne pas le virer. Dans mon métier, j’ai toujours eu la crainte de me tromper. Je n’ai jamais chargé un gars sans preuve.
On l’a pas mal fait chier le cube. Il était très théâtral. À une période, il avait une maîtresse à Strasbourg. Il l’avait connue sur Minitel. Il prenait le train pour aller voir la Strasbourgeoise. On était prévoyant avec lui.
« Prends-toi une bouteille d’eau pour le voyage. »
« Merci les gars ! »
On lui avait rempli la bouteille de dragées Fuca. Il a passé tout le trajet à faire du crépi. Quand il est revenu, il nous a dit qu’il avait dû manger un sandwich pas bon et qu’il avait été très malade pendant tout le trajet et après. Pas sympa pour la Strasbourgeoise car le cube malade, cela devait être une horreur. Il a su, mais longtemps après.
C’était important nos conneries pour évacuer la pression du boulot. Quand j’étais motard, un matin, on décide de faire une enculerie. On avait des motos attitrées. On prend la moto d’un collègue on la monte dans le bureau au premier étage. 250 kg, il fallait le faire. On était au café, le collègue arrive.
« Oh putain, ma moto, oh, la moto… merde où est ma moto, vous n’avez pas vu ma moto les gars ? »
« Ne panique pas, elle doit être au garage, le mécano a du la prendre hier soir pour te régler un truc. »
Il va vite voir à la vitre de l’atelier, pas de moto.
« Merde, la moto, la moto. »
Arrive le chef.
« Vous ne partez pas ce matin ? »
« Il manque une moto. »
On faisait semblant de chercher la moto.
« Tu es certain de ne pas être parti chez toi avec la moto ? »
« Me faites pas chier, je sais que non quand même. Où est ma moto ? »
Au bout d’une demi-heure, le chef nous demande de monter au bureau. Quand il a vu la moto, le chef a marqué le coup.
« Je le sais bien, je ne me fais pas d’illusions sur l’équipe, mais là, vraiment, vous n’avez rien d’autre à branler ».
À Marseille, Il y a eu aussi l’affaire de la vierge de la Garde. On arrivait le soir à 19 heures. À 20 heures, ils fermaient les grilles d’accès. On avait un petit poste avec un lit. Il fallait faire des rondes. On les marquait toutes sur le papier, sans les faire, et on mettait le réveil à 6 heures. On passait la nuit à dormir. Avant d’arriver à la vierge de la Garde, il y a un char de la dernière guerre mondiale. Un matin, on avait l’estafette pour aller chercher le collègue. On klaxonne, on klaxonne. Il s’était endormi. On passe devant le char.
« Oh putain ! »
Pendant la nuit, des mecs avaient peint tout le char en rose. On est descendus voir le patron.
« Chef, le char est en rose. »
« Les gars, ça va mal, vous commencez à boire de plus en plus tôt le matin. »
Un brigadier était un putain d’inquiet. Pour faire les cons, on lui avait branché le pin-pon sur le frein. À un moment donné, il nous dit qu’il part en patrouille. « Ok, ok… ». Un collègue à nous, qui était dans la combine, est parti avec lui. Il arrive en bas, il freine. « Pin-pon ». Il a fait un bond, en regardant dans le rétroviseur, mais il n’y avait aucune autre voiture dernière lui.
« Tu as entendu la sirène ? C’est quoi cette merde ? »
« Je ne sais pas. »
Il repart, second coup de frein, « Pin-pon ». Au bout du troisième rond-point, cela l’a rendu fou.
Un autre chef, qui venait de Charleville-Mezières, nous disait que l’on avait toujours froid, que là-bas il brisait la glace. Un brave mec mais pénible. Il nous affecte un nouveau fourgon avec un mât télescopique, avec des globes pour éclairer les zones d’accident. Le nec plus ultra de la technologie. Cela valait une fortune cette connerie. On avait fait plusieurs essais dans la cour de la brigade pour s’entraîner. Impeccable. Première sortie, il était une heure du matin, gros accident de la route.
« Allez les gars, mettez tout en place. »
Le chef était assez fier de notre nouveau dispositif. On allume le groupe électrogène. On monte le mât à quinze ou vingt mètres. Problème : on a oublié la goupille, une pièce pour le bloquer. Pouf ! Avec la puissance, il est parti à fond à plus de cinquante mètres. Il a explosé et tout s’est écrasé comme une merde. Il ne restait plus rien des deux globes. Et le chef qui gueulait comme un taré.
« Patron, on a perdu le mât ».
« Mon mat, mon mat, qu’est-ce qui s’est passé ? Mon mât ! Et vous rigolez… vous rigolez en plus. »
« Chef, calme, on fera un rapport circonstancié. »

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